Ciao bello

Ne pas te décevoir. Ne pas te décevoir jusqu’au bout pour encore recevoir tes sms : fier de toi gamin.

Je me lance…

Beau. Très beau. Sourire ravageur. Le charme Italien et les yeux pétillants. Lumineux. Du charisme, la curiosité de découvrir le monde, les nouvelles technologies et la capacité d’assumer… T’emballe pas Jacky, je parle pas de toi mais je parlais de Tom là…

Ben oui, tu m’as assez souvent répété avec un petit air malicieux, que moi aussi un jour, je verrai arriver des jeunes encore plus talentueux, plus beaux, avec de nouvelles idées et plein d’enthousiasme et que c’est seulement à ce moment là que nous aurons bien fait notre boulot : lorsque nous aurons donné l’envie et la possibilité à de nouvelles générations de reprendre le flambeau (le flambeau et pas le Cierge, insistais-tu…)

Mais Avant de parler d’héritage politique et de transmission, il y a d’abord l’apprentissage… Il paraît qu’on oublie parfois certaines paroles, certains actes ou certains écrits mais qu’on n’oublie jamais le sentiment que quelqu’un est capable d’éveiller en nous, et le Nous est très majestatif.

Beaucoup l’ont dit ou dessiné, rien que d’être assis dans un cercle autour de toi en écoutant ton langage direct, non technocratique, tes fulgurances verbales et acérées ; tes biesses petites blagues (oui tu faisais parfois aussi des biesses petites blagues) ou tes anecdotes de débats ou de négociations suffisaient à décupler notre envie de sauver la planète et ses habitants.

On a beaucoup parlé ces derniers jours de cette modernité politique, de ce talent d’anticipation, de cette faculté à ouvrir les portes et fenêtres de la démocratie et du débat, de cette capacité à rendre accessible à un large public des concepts complexes…

Mais dans la définition « Homme politique hors normes qui aura marqué la politique Belge », il y a avant tout le mot Homme.

Avec plein d’anecdotes, de carrefours et d’aiguillages communs. Comme des instantanés. Comme des hasards. Comme un destin.

Ton duel qui débute au verbe haut et qui finira au Peket avec R.Collignon dans un café d’Amay en plein carnaval fin des années 80/début des années 90 ; où tu lui expliques comment Louis XVI a terminé…café où tu reviendras faire la fête 25 ans plus tard pour la prise de la Bastille

La naissance de Tom avec notre cadeau, ce bonnet du Standard et ces godasses de foot qui vont traverser la chambre d’hopital vers la porte de sortie vu ta grande passion pour le sport et le foot en particulier. Je te l’avais dit pourtant que tu ne seras pas Ministre tant que tu ne seras pas supporter du Standard…

Ces années d’ouverture et d’Egep avec tous ces « Jeunes cons », en route vers la grande victoire de 99 avec notamment ces invités improbables à Borzée et ces remontées en fin de soirée vers les chambres où nous nous lancions à la poursuite des moutons dans les prés, moutons qui ne bougeaient pas et qui étaient des tanks à gaz blancs…

Ces réunions secrètes pendant les négociations de 99 où tu débriefais les big boss syndicaux dans un endroit équidistant entre Bxl, Namur et Liège,… ma cave à vins s’en souvient mais mon expérience politique aussi…

Ce 10 juillet où nous retournons très tôt en début de soirée vers Liège avec Renata et Laurent…toi le gamin de la Cité d’Herstal, tu venais de hisser Ecolo au sommet de l’Etat…je vois très bien ton petit sourire malicieux quand le Roi s’est incliné devant toi hier après midi…Tu avais réussi à construire une relation de respect mutuel avec les autres acteurs politiques et les autres partis, respect qui à aucun moment n’aurait laissé de la place à de la soumission ou de la compromission…tout le monde ne l’a pas compris à l’époque…

Le 15 août nous nous croisons par hasard sur une aire d’autoroute de vacances, en famille…il fait beau, le ton est guilleret…

Quelques jours plus tard, tu me donnes définitivement le carnet des négociations et je me souviens de ce réveillon de Noel de l’an 2000 à la rue d’Hemricourt où avec Auré enceinte de Théo, nous explorons en profondeur les fragilités et fragments d’espoir… Encore plein d’anecdotes de cette période là, loin des spots mais très denses en parcours et échanges de vie.

C’est que dans ces cas là, le rythme reprend trop vite pour nous…

Nous sommes nés le 24 novembre Francis VandeWoestyne et moi ; Tom le 25 et toi le 26. Théo le 5 avril, Laurie le 12.

Depuis 17 ans, nous nous demandions régulièrement si mon T shirt n’était pas devenu trop petit et trop ringard pour une belle jeune fille de 32 ans et surtout si nos ptits gars ne commenceraient pas tout doucement à la draguer là haut…tu es sans doute en train de gérer tout ça avec je l’espère un peu de tact ;-).

Mais je ne suis pas d’accord quand on s’arrête à 99.

Ce qui m’a tout autant épaté et encore plus rapproché de toi humainement, c’est ton humilité après tout ça, pour te remettre discrètement, quand tu le pouvais physiquement, au service du collectif de l’Ecologie Politique, tout d’abord au sein d’Etopia avec José, Eric, Ben Lechat, Marc, Tof et toute l’équipe.

Puis Te remettre au service du parti, en backoffice d’abord en arrosant les jeunes pousses de l’Académie Verte et en amenant des candidats d’ouverture. Puis sur les listes électorales pour les grandes échéances. Au service de la locale de Liège, de la locale d’Amay où tu n’as raté aucun rdv, BBQ ou Bal…

Donner toute ta disponibilité dans des petits conseils, des encouragements avec plein d’sms lors de prestations médiatiques…des missiles aussi quand t’aimais pas…

Disponibilité jusqu’à l’écriture de ton dernier bouquin l’année dernière pour et avec ces nouvelles générations à qui tu continuais de transmettre le feu sacré…la transmission et l’héritage…Ne pas mourir 2 fois…

Je vais terminer symboliquement. Nous nous taquinions souvent sur nos origines et nos passions si différentes. Tu m’as bcp bcp appris mais encore plus fort, tu m’as permis très concrètement et pas dans des livres, de rencontrer tes camas, ta famille, tes amis, tes compagnons de lutte et des anonymes aux parcours si variés et si riches sur le terrain…

Alors j’ai demandé à Tom de pouvoir passer “Bella Ciao”. Comme un symbole à la croisée de nos trajectoires à tous. Comme un chant de Partisans. Qui continueront de s’indigner et de résister. Comme une chanson qui au départ salue les travailleuses des rizières du Pô qui souffrent et meurent parfois à cause de leurs conditions de travail. Mais qu’on pourrait très bien rebaptiser aujourd’hui en Ciao, Bello, et surtout Merci pour nos enfants et pour la Planète.

Jean-Michel Javaux