Jacky,

Nous ne nous sommes pas croisés à l’Université ou dans une radio libre mais peu après lors de nos premiers pas dans la vie politique il y a plus de 30 ans.

Tu avais suivi, notamment, les cours de Jean Gol pour obtenir ta licence en sciences de l’information et arts de diffusion à l’Ulg. Quoi de plus naturel ensuite que de se retrouver à Liège puis à Bruxelles avec Jean comme avec d’autres.

Je sais que sa disparition, il y a plus de vingt ans déjà, t’avait marqué. Nous en avions parlé en nous souvenant de tables, de rires, de chants dans la Cité ardente.

Liège, que tu as animé plus d’un soir. Liège, où nous avons siégé ensemble, dans l’opposition, au conseil communal. Liège qui a été le lieu de nombreuses étapes de ta vie.

Bruxelles aussi, où nous nous sommes retrouvés à la Chambre quand tu soutenais les accords de la Saint-Michel ou de la Saint-Quentin en mettant en place des écotaxes dont nous avons souvent reparlé avec un humour plus ou moins partagé.

Et puis le tournant, l’année 1999 qui a changé ta vie.

En 1999, la crise de la dioxine, bien sûr, mais aussi ton travail incessant pour ouvrir le mouvement écologique à de nouveaux horizons, comme par exemple, le monde des petites et moyennes entreprises, ta vision stratégique, tout cela, a porté écolo à un niveau historique.

Ta capacité de nouer des contacts avec de nombreux acteurs de la vie politique belge et ta volonté de voir ta formation politique participer à la gestion du pays comme de ses régions et communautés, t’ont permis de contribuer à la mise en place d’une majorité arc-en-ciel, inédite, porteuse d’un vent nouveau. Quelles que furent les tensions, les rappels à l’ordre pour te remercier de t’occuper de, je cite, “tes petits oiseaux” et non de la sécurité sociale ou de l’économie, tu as porté à bout de bras les revendications et propositions écologiques dans tous les domaines que tu souhaitais voir abordés par la majorité.

En 1999, les débats internes t’ont ensuite écarté de cette fonction ministérielle que nous pensions tous te voir occuper au sein du premier gouvernement de Guy Verhofstadt. Toutes les formations politiques traversent des moments de conflits, de clivages durs voire cruels. Tu en as souffert après vingt ans de militantisme et de stratégie au service d’un idéal.

En 1999, vint ensuite cet été meurtrier. L’angoisse te gagne en apprenant la maladie subite de Laurie.

Le désespoir t’envahit à l’annonce de sa mort. Laurie, 15 ans, tu aurais tellement voulu la voir grandir, l’accompagner.

Jacky, rien n’a jamais plus été comme avant ni dans ton parcours politique, ni dans ta vie.

Pourtant, tu as continué à suivre ceux que tu avais lancés dans le bain des idées et de l’action à commencer par Jean-Michel Javaux. Je t’ai souvent entendu, publiquement ou en privé, défendre son parcours, sa démarche.

Pourtant, tu as tenté de redémarrer pour Tom, ta raison d’être, ton lien fort à la vie.

Dans nos conversations, de loin en loin, toutes tes angoisses, tes idées sombres mais aussi ton engagement, ton fils, tes joies de vivre alternaient.

Il y a eu des hauts. Il y a eu des bas. Un rôle en Afrique centrale, des retours au Sénat, un titre de Ministre d’Etat signé par le Roi Albert II ont alterné avec des périodes d’effacement, de retrait voire d’accident. Depuis, tu t’es appuyé sur une canne après une longue convalescence.

Jacky, de tout cela, je ne sais que retenir.

Tu as chaque fois confirmé à ceux qui t’interrogeaient les liens d’amitiés qui se sont tissés entre nous. J’ai fait de même en précisant, connaissant certaines réactions à mon égard au sein de ta formation politique, que je ne voulais pas que ces liens te portent préjudice. Tu en souriais.

Bien sûr, j’aurais tant voulu que nous ayons l’occasion de travailler ensemble dans un gouvernement. Bien sûr, j’aurais tant voulu être plus proche lors des moments difficiles.

Mais je veux dire, à Tom surtout, que je vais, comme d’autres, garder en mémoire ton sourire, tes rires, ta chaleur, ta joie de vivre dans les moments de bonheur, ton amour pour tes enfants.

Je te revois encore, anéanti, à côté de Laurie lors de ses funérailles.

Aujourd’hui, nous sommes là à côté de toi qui part bien trop tôt la rejoindre.

Jacky, repose en paix.